Je soutiens Sousse pour l’organisation du GSEF 2023 #EssSousse2023

La Méditerranée est un espace géographique et culturel unique, rassemblant 22 pays et plus de 450 millions de personnes. C’est un pont entre trois continents : l’Afrique au Sud, l’Asie à l’Est, l’Europe au Nord. Pont ou muraille, passerelle ou cimetière : le Mare Nostrum sépare autant qu’il unit et est aujourd’hui un concentré des contradictions et conflits du monde moderne (société, environnement, économie, développement, migrations, sécurité…). Un taux de chômage élevé, qui frappe notamment les femmes et les jeunes, et une faible compétitivité globale contribuent à l’augmentation de la pauvreté et au creusement d’inégalités qui alimentent une spirale destructrice. Ni les politiques publiques ni bien évidemment l’action des multinationales n’ont contribué, en pleine vague de néo-libéralisme, à inverser cette tendance.

Dans ce contexte, l’économie sociale et solidaire se fait aujourd’hui une place croissante dans l’agenda régional : en témoignent les dispositifs législatifs spécifiques qui ont fleuri en Espagne (2011), au Portugal (2013), en France (2014) et tout récemment en Tunisie (2020). Tour à tour, France, Maroc, Espagne et Tunisie ont nommé entre 2012 et 2021 des ministres de l’économie sociale et solidaire pour dynamiser la mise en place d’écosystèmes favorables à son développement. Le développement inclusif et durable est au cœur du discours politique méditerranéen mais peine à prendre forme. Or l’ESS est un puissant vecteur de citoyenneté active, un moteur d’émancipation individuelle et collective dans la plupart des activités : production, consommation, financement, logement, prévoyance et protection sociale, services à la personne, etc. Un plan d’action pour l’économie sociale sera présenté fin 2021 à la Commission européenne : c’est une première et il fera toute sa place au Voisinage Sud.

La Tunisie occupe une place particulière en Méditerranée. C’est là que sont apparus, il y a dix ans, les premiers bourgeons des « Printemps arabes », lors de ce qui a été appelé un peu hâtivement la « Révolution de Jasmin ». C’est là que se développe, contre vents et marées, la seule transition démocratique de la région MENA. Les yeux du monde sont fixés sur le pays, avec espoir ou inquiétude. La bataille de Tunisie, pour l’heure pacifique, est un enjeu majeur pour un humanisme démocratique et un développement équitable, et il est du devoir de la planète ESS, tous continents confondus, de s’engager à ses côtés. Les promoteurs de MedESS 20131, plus grande mobilisation méditerranéenne des acteurs de la décennie écoulée (12 pays, 50 initiatives sélectionnées, 600 participants) l’avaient compris il y a 8 ans déjà.

L’écosystème de l’ESS en Tunisie reste embryonnaire, malgré des proclamations gouvernementales successives rarement suivies d’effet. Il lui faudra plusieurs années pour se mettre en place. Après le vote et la promulgation de la loi tunisienne sur l’économie sociale et solidaire en juin 2020 -une première dans le monde arabe- et dans l’attente de ses décrets d’application, le développement de l’ESS est avant tout, comme toujours, affaire de capacité d’initiative des acteurs économiques de la société civile et de soutiens ciblés d’institutions-clés dont le profil a démontré, dans d’autres pays, sa capacité à faire levier.

L’essor et le développement de l’ESS en Tunisie dépendront donc des initiatives visant à faciliter la création et la consolidation d’un écosystème global de l’ESS, articulé avec des écosystèmes locaux performants. Cet écosystème, cette somme d’écosystèmes ne se mettra en place que grâce principalement aux interactions ordonnées entre acteurs publics et privés -solidaires et lucratifs- qui auront comme principaux axes d’intervention la pédagogie, l’accompagnement, le financement, l’accélération du partage d’innovation sociale et la création de chaînes de valeur ESS performantes. Le lancement en mars 2020 de DarESS Tunisie, premier hub national ESS au monde, a pour objet de réussir cette catalyse et DarESS affiche une vocation clairement internationaliste comme pivot de l’axe euro-africain de l’ESS.